dimanche 5 avril 2020

Novecento: pianiste

Alessandro Baricco, Folio, 96 pages

Présentation de l'éditeur:

«On me mettrait la tête en bas que rien ne sortirait de mes poches, même ma trompette, je l'ai vendue, j'ai tout vendu, quoi, mais cette histoire-là¿ non, cette histoire-là je ne l'ai pas perdue, elle est toujours là, limpide et inexplicable, comme seule la musique pouvait l'être quand elle était jouée, au beau milieu de l'Océan, par le piano magique de Danny Boodmann T. D. Novecento.» Né lors d'une traversée, Novecento n'a jamais mis le pied à terre. Il passe sa vie sur l'Atlantique les mains posées sur un piano, à composer une musique étrange et magnifique, qui n'appartient qu'à lui : celle de l'Océan.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Relecture.
Lu il y a quelques années, ce texte ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable. Autres temps, autres circonstances, j'ai tenté l'expérience de le relire pour voir si ma perception s'en trouvait modifiée. J'ai été agréablement surprise par cette redécouverte. Je me suis imprégnée de thèmes qui m'avaient échappé à l'époque: le bateau, loin d'être un enfermement, un piège, représente un cocon, un havre de paix, la possibilité d'une vie lisible en offrant au pianiste des conditions idéales d'épanouissement artistique. Le monde, par opposition, est opprimant, car trop vaste, trop encombré de choix impossibles. Une idée de relecture gagnante !

samedi 4 avril 2020

Emmaüs

Alessandra Baricco, Folio, 176 pages

Présentation de l'éditeur:

Quatre garçons, une fille : d'un côté, le narrateur, le Saint, Luca et Bobby, et, de l'autre, Andre. Elle est riche, belle, et elle distribue généreusement ses faveurs. Ils ont dix-huit ans comme elle, sont avant tout catholiques, fervents voire intégristes. Musiciens, ils forment un groupe qui anime les services à l'église et passent une partie de leur temps libre à assister les personnes âgées de l'hospice. Alors qu'elle incarne la luxure, Andre les fascine, ils en sont tous les quatre amoureux. La tentation est forte mais le prix à payer sera lui aussi considérable. Alessandro Baricco nous offre son récit le plus personnel, à la fois peinture de l'Italie des années 1970, roman d'apprentissage et subtile réflexion sur le réel et l'idéal.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Au début, l'histoire a l'air banale : voilà quatre ados coincés à cause de  leur foi. Et puis on comprend que cet état de fait va peser lourd dans le parcours de chacun. Je l'ai vue aussi comme l'histoire d'ados enfermés dans la confiance aveugle qu'ils portent à l'univers qu'ils ont toujours connu: ils ne se posent aucune question sur leurs parents, sur le lien qu'ils entretiennent les uns avec les autres, sur rien, finalement, acceptant leur sort sans rechigner, sauf peut-être quand il est trop tard. Cet aveuglement n'est-il pas, au fond, l'apanage de chacun de nous au moment de l'enfance?... En cela, cette histoire peut vraiment parler à tout le monde.
J'ai aimé le texte crescendo à mesure que je m'enfonçais dedans. Le sujet et son traitement sont très différents des autres livres que j'ai lus de cet auteur - plus intimiste, je trouve.

vendredi 3 avril 2020

L'art de perdre

Alice Zeniter, J'ai lu, 608 pages

Présentation de l'éditeur:

L'Algérie dont est originaire sa famille n'a longtemps été pour Naïma qu'une toile de fond sans grand intérêt. Pourtant, dans une société française traversée par les questions identitaires, tout semble vouloir la renvoyer à ses origines. Mais quel lien pourrait-elle avoir avec une histoire familiale qui jamais ne lui a été racontée? Son grand-père Ali, un montagnard kabyle, est mort avant qu'elle ait pu lui demander pourquoi l'Histoire avait fait de lui un «harki». Yema, sa grand-mère, pourrait peut-être répondre mais pas dans une langue que Naïma comprenne. Quant à Hamid, son père, arrivé en France à l'été 1962 dans les camps de transit hâtivement mis en place, il ne parle plus de l'Algérie de son enfance. Comment faire ressurgir un pays du silence?

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Un livre dense qui oscille entre généalogie et sociologie, petite et grande histoire. L'installation des secrets de famille et l'étiolement de la mémoire familiale sont admirablement montrés ce qui fait que l'on peut tous s'y retrouver. Le parcours des harkis nous est décrit dans une logique de l'Histoire implacable et fait de ce roman un témoignage poignant, bien qu'il ne soit pas du tout écrit sur un ton sentimental ni misérabiliste. Et quel souffle! Chapeau!  

dimanche 29 mars 2020

La vie dans les bois

Jennifer Murzeau, Allary éditions, 240 pages

Présentation de l'éditeur:

Citadine assumée, Jennifer Murzeau est partie vivre une semaine dans les bois, sans eau ni nourriture, pour renouer avec la nature. Journal d'une immersion.
Citadine assumée, Jennifer Murzeau est partie vivre une semaine dans les bois, sans eau ni nourriture, pour renouer avec la nature.
" La crise écologique est aujourd'hui au cœur de nos préoccupations. Mais nous échouons à en prendre la pleine mesure, à la ressentir. Car nos modes de vie n'ont jamais été aussi déconnectés de la nature.
Alors, j'ai décidé de partir plusieurs jours m'immerger en son sein avec un hamac, un couteau et François, un guide de survie.
J'ai descendu la Charente en canoë et dormi sur ses rives. J'ai appris à faire du feu avec du bois humide, à me nourrir de plantes bouillies, j'ai renoncé à tuer un ragondin, j'ai vécu au rythme lent de la vie sauvage. Puis, j'ai poursuivi l'aventure, seule, dans les Pyrénées, où j'ai découvert l'immensité et la peur, connu l'orage, la beauté... et l'humilité. J'en suis revenue avec une seule envie : repartir. " J. M.


Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Lire ce livre dans le contexte particulier du confinement est une expérience troublante (surtout quand l'auteure nous y raconte sa rencontre avec un survivaliste), mais c'est avant tout un récit passionnant (attention: page-turner!) et pimenté de références à des études qui tournent autour de l'écologie (Jennifer Murzeau est journaliste avant tout). Un livre que je n'oublierai pas de sitôt: il offre bien des pistes de réflexion sur notre avenir individuel et notre avenir commun.

jeudi 26 mars 2020

Dans la peau

Armèle Malavallon, Ramsay, 239 pages

Présentation de l'éditeur:

Paris, en plein été. Le corps d’une femme non identifiée est repêché dans la Seine. Adèle Hème, journaliste spécialisée dans les faits divers, est en pleine rupture sentimentale quand elle tombe sur cette information a priori anodine. Quel est le lien entre l’inconnue de la Seine, Jérôme Fasten, flic à la criminelle, et Oscar Ortiz, un mystérieux artiste parisien ? A tenter de vouloir le découvrir, Adèle va sombrer petit à petit dans l’obsession et la paranoïa au point de tutoyer la folie…
Armèle Malavallon est vétérinaire. Elle a travaillé sur les maladies infectieuses et la nutrition animale en France et à l’étranger. Elle a publié au sein d’ouvrages collectifs (recueils de nouvelles, polar collaboratif lancé par TF1) et son premier roman Soleil Noir a remporté en 2015 le Prix VSD du polar, présidé par Franck Thilliez.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Je ne lis pas souvent de thriller, mais j'avoue que celui-ci m'a complètement embarquée dans son univers, celui du tatouage, celui aussi d'une jeune femme en quête d'elle-même. Le style est diaboliquement simple et efficace. La construction fait mouche. Je suis heureuse de m'être laissé tenter par ce livre écrit par ma voisine de dédicaces lors du salon de Montgiscard!

mercredi 25 mars 2020

Et c'est comme ça qu'on a décidé de tuer mon oncle

Rohan O'Grady, 304 pages, Monsieur Toussaint Louverture

Présentation de l'éditeur:

Barnaby Gaunt, orphelin turbulent et héritier d'une immense fortune, est envoyé pour les vacances d'été sur une île à la nature luxuriante et aux habitants vieillissants au large de la Colombie Britannique. Vitres cassées, animaux effrayés, très vite, il bouleverse la routine des insulaires, avant de découvrir la véritable raison de sa venue : son oncle diabolique et doté de mystérieuses aptitudes veut l'assassiner.
Décidé à ne pas se laisser faire, Barnaby, aidé de Christie, la seule petite fille de l'île, comprend qu'il n'y a qu'un moyen d'en réchapper, éliminer l'oncle en premier.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Formidable! Ce livre m'a replongée dans les tragédies d'enfants que je lisais petite (Fifi Brindacier, Le Petit Chose, Sans famille…), mais avec des particularités bien à lui: une écriture milieu XXe riche et néanmoins fluide, de nombreux personnages qui vont tous jouer un rôle important - et en cela, on ne peut que saluer la construction impeccable de l'histoire -, une remise en cause permanente des évidences. Merci à l'éditeur de nous proposer cette traduction. (La version originale canadienne date de 1963.)

vendredi 20 mars 2020

La septième croix

Anna Seghers, Métailié, 448 pages

Présentation de l'éditeur:

Sept Allemands opposants au nazisme se sont enfuis d'un camp. Un formidable appareil policier est mis en branle pour les retrouver. Un seul des sept, Georg Heisler, aidé par les efforts tâtonnants de ses amis de jeunesse, parvient à passer en Hollande grâce à l'organisation rudimentaire de la résistance et à la solidarité ouvrière mondiale. La septième croix qui l'attend au camp de concentration reste vide. Et c'est la brèche qui laisse un passage à d'immenses espoirs. Ce roman, dont l'action se déroule en Rhénanie, constitue une somme des expériences vécues par divers acteurs de toutes les classes de toute la société allemande des années 1930.
Dans ce roman de l'Allemagne nazie écrit pendant son exil en France, Anna Seghers dresse une fresque polyphonique et dépeint une société dans laquelle le national-socialisme révèle en chacun les aspects profonds de son être : héroïsme insoupçonné d'un tel, lâcheté de tel autre, ou simple peur existentielle et fragilité face à un système conçu pour broyer toute résistance visant non seulement l'individu mais sa famille, ses proches. Solidarité, inconscience, constance ou reniement de l'idéal, toute une palette des comportements humains est présente.
Anna Seghers, qui pour écrire son récit a longuement écouté et interrogé des compatriotes dont l'exil était plus récent que le sien, trace le portrait d'une humanité proche de nous : " Nous avons tous ressenti comment les événements extérieurs peuvent changer l'âme d'un être humain, de manière profonde et terrible. Mais nous avons également ressenti qu'au plus profond de nous il y avait aussi quelque chose d'insaisissable et d'inviolable. "
Ce roman a été publié pour la première fois aux usa en 1942 où il a connu un immense succès : une édition de poche a été même envoyée aux soldats américains partis libérer l'Europe. En France, il est publié dès 1947 dans une traduction que l'auteur avait refusée, puis en poche en 1986, les ayants droit n'ont pu en interrompre la vente qu'en 2010. Nous présentons ici une nouvelle traduction avec une postface de Christa Wolf.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️
Commentaire spontané: Un livre foisonnant tant au niveau de la construction que des personnages. (D'ailleurs, j'ai apprécié qu'on nous livre une bible dès le départ, car au bout d'un moment, je défie quiconque de ne pas s'y référer!) Ce livre est brillant.
Mon conseil, toutefois: si vous avez l'esprit occupé ailleurs, passez votre chemin! Cet ouvrage requiert une concentration de tous les instants pour en savourer l'essence.