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jeudi 28 juillet 2022

De tes yeux, tu me vis

 

Sjón, Rivages, 320 pages

Traduuit de l'islandais par Eric Boury

De quoi s'agit-il?

En un lieu non précisé - on imagine que c'est en Islande, à moins qu'il ne s'agisse d'un de ces non-lieux qu'on rencontre dans certains textes de théâtre moderne - un narrateur raconte à son amie l'histoire de son père, un Juif allemand, échappé d'un camp de concentration et rattrapé par deux individus dont on ignore la qualité et les motivations, mais qui souhaitent manifestement découvrir un secret dont ils le croient détenteur. Cet homme dont on ne connaît pas le nom est déposé par les deux individus dans le cellier d'une pension de famille et sera sauvé par les occupants de l'établissement. A l'intérieur d'un espace dissimulé entre les cloisons de deux chambres, celui que tous les autres personnages appellent le malheureux va vivre quelques jours seul à seul en compagnie de Marie-Sophie, une jeune femme chargée de le soigner et ils vont fabriquer ensemble un enfant d'argile qui deviendra le narrateur.
Le lecteur fait graduellement connaissance avec les habitants du village et ceux de la pension Vrieslander : un serveur, une cuisinière, un patron alcoolique et sa femme matrone, un commis adolescent et taraudé par le désir, un vieillard concupiscent, le petit ami de Marie-Sophie. Parallèlement, Sjón nous emporte dans d'autres histoires : il mêle à cette trame historique des récits populaires, des contes rédigés sur un mode parodique, il y intègre le « relevé des rêves » des habitants de la petite ville de Kükenstadt dont il retrace les origines pseudo-mythiques avec beaucoup d'humour, des textes aux résonnances bibliques, des chansons, des histoires d'anges, d'archanges et d'anges déchus, des parodies de psaumes...

Le sujet est grave. Nous sommes plongés dans l'atmosphère de l'Allemagne nazie : nous reconnaissons certains personnages historiques sans qu'ils soient directement nommés, nous naviguons entre les références picturales à l'art « dégénéré », celles cinématographiques à M le Maudit de Fritz Lang, celle, biblique, au mythe du golem : tout cela est suggéré, jamais nommé.

Ma petite bafouille:

Seconde tentative avec cet auteur. Encore une fois,  le sujet m'intéresse, hélas, je n'ai toujours pas accroché. De ce fait, je ne lirai pas Sur la paupière de mon père du même auteur, et qui attendait son heure dans ma bibliothèque.

Blond comme les blés

 

SjÓn, Métaillé, 128 pages

Traduit de l'islandais par Eric Boury.

De quoi s'agit-il:

Reykjavik, après la Seconde Guerre mondiale.
Gunnar Kampen est un « un jeune homme travailleur et attentif qui se passionne pour l’histoire de l’humanité et de sa nation ». Il a une mère et deux sœurs qui l’aiment depuis l’enfance et lui-même est un frère et un fils attentionné.
Au printemps 1958, il fondera le parti politique antisémite des nationalistes et se dévouera pour contribuer à l’organisation internationale du mouvement néonazi, en pleine croissance.
Dans un texte qui oscille entre une mosaïque d’images d’enfance poétiques, un recueil épistolaire qui suit l’évolution d’un engagement politique et la création d’un parti d’extrême droite, Sjón examine le parcours d’une vie, d’une époque et d’une radicalisation rythmée par la simplicité absolue de son quotidien.
Faux thriller où le protagoniste est retrouvé mort dès le premier paragraphe, Blond comme les blés est une œuvre limpide, un écho de la banalité du mal d’Hannah Arendt sous les apparences d’un roman nordique. Un livre troublant et terriblement actuel par l’un des plus importants auteurs islandais contemporains.

Ma petite bafouille:

Malgré un sujet qui me passionne, je n'ai pas accroché.