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jeudi 20 octobre 2022

Manuscrit zéro

 

Yoko Ogawa, Babel, 240 pages

Traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle

De quoi s'agit-il ?

Une forêt profonde où prolifèrent des mousses délicates et délicieuses, une maison d'enfance impossible à décrire, une fête d'école où il s'agit de se faire passer pour une mère d'élève, un concours de pleurs d'enfants ou l'étrange destinée d'un touriste en retard... Alors que Yôko Ogawa travaille à un nouveau projet, elle note au jour le jour ce qui compose son quotidien fictionnel. À moins qu'il ne s'agisse de l'inverse : tissant et conjuguant les infuences et les figures qui soudain l'interpellent - qu'elles soient issues de l'instant ou des tourbillons de sa mémoire, de rencontres bien réelles ou d'émotions enfouies -, Yôko Ogawa consigne la multitude d'histoires qui peuplent son imaginaire pour tenter de trouver dans ce foisonnement d'images la tonalité de son nouveau roman.

Ainsi les courts récits s'enchaînent, formant une mosaïque temporelle au sein de laquelle les individus, les lieux ou les situations chavirent, pour rejoindre sous la plume de la grande romancière japonaise l'univers si singulier de ses personnages.

Impressions de lecture:

Indicible bonheur de retrouver l'univers étrange de cette auteure qui, sans en avoir l'air, nous entraîne dans ses vagabondages intérieurs. 💚💚💚

dimanche 20 mars 2022

Petites boîtes

Yôko Ogawa, Actes Sud, 208 pages

traduit du japonais par Sophie Refle

De quoi s'agit-il?

La narratrice de ce livre vit dans une ancienne école maternelle. Tout y est petit, au format de ceux qui autrefois la fréquentaient. Cette femme accorde en ces lieux fossiles une attention très particulière à l’une des pièces, un endroit de mémoire où sont déposées d’étranges petites boîtes.
Parfois cette dame marche dans la nuit en compa­gnie d’un certain M. Baryton, un homme charmant pour lequel elle déchiffre des messages. M. Baryton voit clair pourtant mais ce sont les mots de son aimée qui semblent s’amenuiser sur le papier en même temps qu’elle.
Certains soirs sur la colline, aux abords de la ville, des inconnus attendent le passage d’un souffle, d’un brin de vent. La dame de l’école maternelle sait qu’ils écoutent en pleine nature une musique inaudible pour tout autre qu’eux-mêmes, un chant issu du lointain. Une présence absente.
Ne lisez pas les livres de Yôko Ogawa sans écouter chaque phrase, sans entendre ses mots et l’écho qu’ils produisent. Si vous leur accordez une réelle attention, leur sens se dépliera littéralement sous vos yeux.


L’œuvre de Yôko Ogawa est mondialement connue. Petites boîtes est son vingt-sixième livre traduit en français.

Spontanément, je dirais:

L'auteure poursuit son travail sur la mémoire avec une histoire onirique et poétique où bien des choses demeurent sans réponses, comme dans la vie en fin de compte.
Chacun peut envisager le récit selon son propre vécu (relations parents / enfants, rapport des parents au deuil d'un enfant, empreinte de notre enfance sur notre vie d'adulte, importance des lieux de mémoire, etc.) et y puiser inspiration et apaisement. Original et sublime !

dimanche 27 juin 2021

L'usine

 

Hiroko Oyamada, Christian Bourgois éditeur, 192 pages

Traduit du japonais par Silvain Chupin

Présentation:

L'Usine, un gigantesque complexe industriel de la taille d'une ville, s'étend à perte de vue. C'est là qu'une femme et deux hommes, sans liens apparents, vont désormais travailler à des postes pour le moins curieux. L'un d'entre eux est chargé d'étudier des mousses pour végétaliser les toits. Un autre corrige des écrits de toutes sortes dont l'usage reste mystérieux. La dernière, elle, est préposée à la déchiqueteuse de documents. Très vite, la monotonie et l'absence de sens les saisit, mais lorsqu'il faut gagner sa vie, on est prêt à accepter beaucoup de choses... Même si cela implique de voir ce lieu de travail pénétrer chaque strate de son existence ? Dans une ambiance kafkaïenne où la réalité perd peu à peu de ses contours, et alors que d'étranges animaux commencent à rôder dans les rues, les trois narrateurs se confrontent de plus en plus à l'emprise de l'Usine. Hiroko Oyamada livre un roman sur l'aliénation au travail où les apparences sont souvent trompeuses.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: 💗💗💗💗💗

Commentaire spontané:

Comment ne pas être touché par le destin de ces personnages qui se débattent dans des difficultés qui nous ont tous concernés : avoir un emploi, gagner sa vie, se stabiliser ? D'autant que le monde absurde dans lequel ils vivent les transforme lentement mais sûrement…

Un livre qu'il m'a été impossible de lâcher et que j'ai lu en un après-midi. Si vous êtes amateurs de Kafka, foncez !