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dimanche 1 mai 2022

Motl fils du chantre

 

Sholem-Aleikhem, L'antilope, 288 pages

Roman traduit du yiddish par Nadia Déhan-Rotschild et Evelyne Grumberg

De quoi s'agit-il?

Ce roman est l’un des grands classiques de la littérature yiddish. Des générations de Juifs d’Europe orientale et de nombreux Juifs immigrés en Europe occidentale ou en Amérique se sont identifiés à Motl. Il s’agit d’un petit bijou d’humour et de sensibilité.

Mon sentiment:

L'auteur brosse ici les joies et les désagréments de la vie d'une famille yiddish à un moment où, pour bon nombre d'entre elles, l'Amérique était le rêve à atteindre.

Je trouve l'écriture très visuelle. On s'imagine si bien les scènes que l'auteur décrit: les déboires du grand frère pour gagner de l'argent, la mère qui pleure à tout bout de champ, la famille qui court d'un comité à l'autre pour recevoir l'aide aux réfugiés, etc. Toutes ces scènes sont plantées avec un humour décalé; on est dans un film des Marx Brothers ! Cela m'a fait un bien fou.

En résumé, une histoire pleine de vie et de rebondissements contée à hauteur d'enfant qui parle à tous les âges. 😉

lundi 12 avril 2021

Le Golem

 

Isaac Bashevis Singer, L'école des loisirs, Medium poche, 88 pages

Présentation:

Au seizième siècle, le rabbin Leib veille sur la communauté juive de Prague. Celle-ci est alors souvent persécutée et accusée de tous les maux. Ainsi, lorsque le banquier Eliezer Polner est accusé à tort par Jan Bratislawski, un comte désargenté, d' avoir enlevé et assassiné sa fille parce que celui-ci a refusé de lui prêter de l'argent, le rabbin Leib veut lui venir en aide. Il reçoit la visite d'un mystérieux inconnu qui lui donne le pouvoir de fabriquer un géant d' argile doué de vie : le golem. Ce golem, à la force fantastique, doit lui obéir en tout point, afin de prouver l' innocence d Eliezer. Mais, bientôt, la créature échappe à son concepteur. Le golem devient de plus en plus humain, et il va falloir trouver un moyen de mettre fin à ses agissements incontrôlés

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané: Relecture

Je ne me lasse pas de le relire…


jeudi 8 avril 2021

Etoiles vagabondes

 

Sholem Aleykhem, Le Tripode, 640 pages

Traduction: Jean Spector

Présentation:

Leybl Rafalowitch, treize ans, est le fils de l'homme le plus riche du village. Reyzl Spivak, quatorze ans, est la fille d'un pauvre chantre. Nous sommes à l'aube du vingtième siècle, dans une petite bourgade juive aux confins de l'Europe. Ces deux-là vont tomber amoureux, ne croyez-vous pas ? Mais nul n'aurait prédit qu'une rocambolesque troupe de théâtre itinérante allait précipiter leur romance dans une aventure hors du commun. 

Avec ce roman inexplicablement resté inédit jusqu'à nos jours, Sholem Aleykhem révèle son immense talent de conteur. Avec la grâce d'un Chagall, la truculence d'un Chaplin et la verve d'un Twain, il honore l'art et la vie des gens de peu, irrésistibles, pittoresques, pétris d'humanité et d'humour face à la fatalité. Car "les étoiles ne tombent pas, elles vagabondent..."

Jean Spector est lauréat du Prix SGDL Révélation de traduction 2020 pour sa traduction de Étoiles vagabondes.

La couverture a été réalisée par l'artiste Brecht Evens. 

 

L’Auteur

"Que mon nom ne soit associé qu'avec des rires ou ne soit pas célébré du tout."

Né en Ukraine en 1859, Sholem Aleykhem est une figure majeure de la littérature européenne, tout en restant méconnu en France. Se désignant lui-même comme un Luftmensch (littéralement un homme de l'air, soit l'opposé d'un matérialiste), populaire et enchanteur, il est l'auteur d'une œuvre prolifique. Il nous a légué des personnages devenus universels et a su décrire avec tendresse et humour le monde bigarré des communautés juives de l'Europe de l'Est. Installé à New York à partir de 1905 pour fuir les pogroms russes, il y fut considéré comme le Mark Twain juif. Décédé en 1916, ses funérailles restent parmi les plus grandioses de l'histoire de New York. 

 

Le Traducteur

Né en 1937 au sein d'une famille juive immigrée de Pologne, Jean Spector a, pour ainsi dire, tété le yiddish. Après avoir suivi des études d'anglais puis occupé divers emplois dans le commerce, il "monte" à Paris. Pendant près de quinze ans, il y tient un club de jazz. Parallèlement, il retrouve auprès d'intellectuels, dont Rachel Ertel, l'amour de sa langue maternelle. Depuis, il consacre avec une générosité infaillible et une érudition fougueuse toute son énergie à l'enseignement du yiddish et à la traduction. 

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané:

Mais quelle odyssée incroyable que celle de ces deux jeunes gens et de toute cette clique hétéroclite! D'un rebondissement à l'autre, on espère que nos deux tourtereaux  arriveront à se retrouver.

Je mesure toute l'intelligence et l'énergie que l'auteur a déployées pour incarner ces personnages, pour défendre et croiser leurs destins de façon convaincante au fil de ces 600 pages, et je suis soufflée par tant de talent. Cela rend humble.


dimanche 22 novembre 2020

Histoires des temps passés et à venir

 

Y.L. Peretz, L'antilope, 160 pages


Présentation:


Histoires des temps passés et à venir est un recueil de six histoires écrites par l’un des grands auteurs de la littérature yiddish, Y. L. Peretz.

Grâce à une langue très littéraire, Y. L. Peretz a su faire ressortir la puissance de la tradition juive et la diffuser dans la culture populaire. Il a transmis cette force enchanteresse en s’inspirant autant des superstitions que de sa connaissance approfondie des contes hassidiques..

 

Extrait du récit

« Aujourd’hui elle va venir, se dit-il, flânant au bord de la Vistule.

Au fil de ses pensées, tout lui revient, redevient vivant.

Il est assis sur le lit dans l’obscurité et attend. Au moindre mouvement dans les escaliers son cœur bat plus fort et il s’étonne : pourquoi ? Ce n’est tout de même pas qu’il l’aime ?

Enfin, c’est elle. Son pas léger, planant. Il se lève et allume la lampe sur la table. Elle s’arrête un instant derrière la porte. Reprend son souffle — pénibles, les escaliers —, arrange ses cheveux et jette même un coup d’œil par le trou de la serrure. D’un coup à peine audible, elle frappe du doigt à la porte.

– Proszę, s’il vous plaît, entrez !

Elle ouvre la porte et s’écrie sur le seuil :

– Będzie opowiadanie, il y aura une histoire ?

Sinon, elle repart.

Lui, elle ne l’aime pas, dit-elle. Les Juifs, d’ailleurs, elle en a peur, mais ses histoires, elle les aime.  »


Combien ce livre a fait battre mon cœur: 💗💗💗

Commentaire spontané:

Ce recueil de nouvelles, qui vient de paraître aux éditions de L'antilope, était pour moi l'occasion de découvrir un auteur incontournable de la littérature yiddish. J'étais impatiente de lire ça! Au départ, je n'ai pas été emballée, car je trouvais le style de Peretz très vieille Europe - bon, c'est un polonais né en 1852! Et cette première histoire (L'errance dans le désert) me semblait très éloignée de moi. Pour finir, je sentais qu'il me manquait des clés pour savourer toute la portée de ce récit inscrit dans un contexte biblique. Et puis une douce musique m'a incitée à poursuivre. Elle me disait de passer outre, de me débarrasser de ce corset. Alors j'ai lu des passages qui me troublaient et résonnaient fortement en moi. Surprise: ils étaient en fait nombreux ! Par la suite, ma lecture en a été bien plus agréable et très enrichissante. Car l'ensemble est court, mais dense. Il m'est souvent arrivé de reprendre une histoire non pas parce qu'elle m'était apparue absconse, mais pour sa grande subtilité. En lisant la dernière nouvelle (Espoir et crainte), je me suis dit qu'on devrait obliger ceux qui aspirent à des fonctions politiques à la méditer. On y trouve des passages géniaux, terme qui s'applique ici au sens strict.

Un livre qui mérite qu'on s'y intéresse. Sa lecture ne peut que fortifier à tout point de vue.

La phrase que je retiendrai se trouve page 80: "Tout homme se promène avec au cœur des êtres réincarnés."