dimanche 20 mars 2022

Petites boîtes

Yôko Ogawa, Actes Sud, 208 pages

traduit du japonais par Sophie Refle

De quoi s'agit-il?

La narratrice de ce livre vit dans une ancienne école maternelle. Tout y est petit, au format de ceux qui autrefois la fréquentaient. Cette femme accorde en ces lieux fossiles une attention très particulière à l’une des pièces, un endroit de mémoire où sont déposées d’étranges petites boîtes.
Parfois cette dame marche dans la nuit en compa­gnie d’un certain M. Baryton, un homme charmant pour lequel elle déchiffre des messages. M. Baryton voit clair pourtant mais ce sont les mots de son aimée qui semblent s’amenuiser sur le papier en même temps qu’elle.
Certains soirs sur la colline, aux abords de la ville, des inconnus attendent le passage d’un souffle, d’un brin de vent. La dame de l’école maternelle sait qu’ils écoutent en pleine nature une musique inaudible pour tout autre qu’eux-mêmes, un chant issu du lointain. Une présence absente.
Ne lisez pas les livres de Yôko Ogawa sans écouter chaque phrase, sans entendre ses mots et l’écho qu’ils produisent. Si vous leur accordez une réelle attention, leur sens se dépliera littéralement sous vos yeux.


L’œuvre de Yôko Ogawa est mondialement connue. Petites boîtes est son vingt-sixième livre traduit en français.

Spontanément, je dirais:

L'auteure poursuit son travail sur la mémoire avec une histoire onirique et poétique où bien des choses demeurent sans réponses, comme dans la vie en fin de compte.
Chacun peut envisager le récit selon son propre vécu (relations parents / enfants, rapport des parents au deuil d'un enfant, empreinte de notre enfance sur notre vie d'adulte, importance des lieux de mémoire, etc.) et y puiser inspiration et apaisement. Original et sublime !

Bal tragique à Windsor

 

S.J. Benentt, Les Presses de la Cité, 280 pages

Traduit de l'anglais par Mickey Gaboriaud

De quoi s'agit-il?

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s'apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d'une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking!

Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son personnel d'être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu'ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C'est donc Rozie, sa secrétaire particulière adjointe, qui va l'aider à démêler ce sac de nœuds God save the Queen du cosy crime !

Quelques réflexions…

Ce livre m'a été offert à Noël. Je ne m'attendais pas à ce que l'on m'offre ce genre d'ouvrage à mille lieues de mes habitudes de lecture. J'ai trouvé le style solide, ce qui est important pour moi et m'a fait poursuivre la lecture jusqu'au mot de la fin. J'ai été un peu désorientée par la conclusion (tirée par les cheveux en nous sortant du chapeau un personnage hors des radars narratifs), mais peut-être est-ce raccord avec l'esprit des affaires du Royaume, je suis assez mal placée pour juger.

lundi 28 février 2022

Possession

 

Moka, L'école des loisirs, 192 pages

De quoi s'agit-il?

En achetant la plus belle maison du quartier, les Vendôme pensaient avoir fait une bonne affaire et s'étaient réjouis d'y emménager avec leurs trois enfants. Une nuit, le pire est arrivé. Leur fille Lucrèce s'est jetée du toit, sous les yeux de Malo son petit frère. Traumatisé, le garçon a passé deux mois en hôpital psychiatrique. Depuis son retour, Malo a l'impression que la maison lui joue des tours et s'en prend à lui. Ses affaires changent de place, les murs de sa chambre font des gargouillis, les poignées de porte disparaissent. Même ses parents deviennent bizarres et vivent de plus en plus confinés. Malo est persuadé que la maison dans laquelle sa famille vient d'emménager est malfaisante. Elle les a pris au piège. Un piège mortel...

Spontanément, je dirais…

Bien ficelé et addictif.

dimanche 20 février 2022

Le silence est d'or

 

Yonatan Sagiv, 432 pages, L'antilope

Traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche

De quoi s'agit-il?

Dans ce deuxième volet des aventures policières d’Oded Hefer, le détective privé assume toujours sa vie de gay tel-avivien avec intelligence, humour et autodérision. Il fait pénétrer le lecteur dans un établissement pour personnes âgées avec tout ce que cela comporte de charge émotionnelle, dans un pays constitué de tant de gens venus d’ailleurs.

Spontanément, je dirais:

Hormis les enquêtes orchestrées par Dror Mishani, je ne lis quasiment pas de littérature policière.

La découverte de Secret de Polichinelle, le premier opus des aventures d'Oded Hefer, m'avait quelque peu déstabilisée, principalement à cause du style: abondance d'adjectifs, de superlatifs, de comparatifs - et bien d'autres réjouissances en if. Passé le moment de stupeur stylistique, je résumerais le livre ainsi: jouissif !

Aussi ai-je été heureuse de replonger dans ce marathon de mots, avec ses personnages interlopes et ses situations improbables, à la suite d'Oded Hefer, détective haut en couleur, et pour dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, j'ai encore plus apprécié ce deuxième volet. La forme, j'y reviens, est brillante - le traducteur ne l'est pas moins ! - et le fond, une sacrée claque. Mais chut !... Le silence est d'or et je ne peux que vous encourager à découvrir ce qui se trame par vous-mêmes.

lundi 31 janvier 2022

Les partisans

 

Aharon Appelfeld, 336 pages, Points

traduit de l'hébreu par Valérie Zenatti

Présentation:

Après son évasion d'un camp, le jeune et intrépide Edmund s'est réfugié auprès d'un groupe de partisans. Ces résistants juifs survivent en territoire occupé. Organisés autour de leur chef Kamil et de la vieille Tsirel, ils sont bien davantage que des âmes en sursis. Ils tendent des embuscades aux Allemands, font dérailler leurs trains, et entretiennent l'espoir grâce à la prière et à la fraternité

Spontanément, je dirais…

Encore une fois, Aharon Appelfeld façonne des personnages inoubliables. Pendant la seconde guerre mondiale, une communauté juive se reconstitue dans les bois et lutte pour sa survie. En s'interrogeant sur ses traditions, chaque partisan sauvegarde sa part d'humanité. Puissant et magnifique.

Un livre dans lequel j'ai encore beaucoup à creuser et que je relirai avec plaisir et émotion.

A la fleur de l'âge

 

Samuel Joseph Agnon, Gallimard, 120 pages

Traduit de l'hébreu par Laurent Schuman

De quoi s'agit-il?

La jeune Tirtza a vu sa mère Léa brûler une liasse de lettres, peu de temps avant sa mort, « à la fleur de l'âge ». Inconsolable, Tirtza cherche à comprendre le destin de sa mère, sa mélancolie, sa mort prématurée, et le mystère des lettres. Elle se tourne alors vers Mintchy, la meilleure amie de sa mère, et petit à petit, une autre histoire surgit : celle de l'amour de Léa pour Akavia Mazel, intellectuel viennois échoué dans cette bourgade aux confins de l'Empire austro-hongrois, à qui le père de Léa a refusé la main de sa fille. Derrière l'apparente simplicité des mots d'une jeune fille endeuillée, À la f1eur de l'âge s'impose comme un livre inoubliable sur l'amour et la souffrance humaine, alliant une réflexion sur le destin et le conflit entre tradition et modernité à une langue d'une grande beauté, puisée aux sources bibliques. À la fleur de l'âge est assurément un joyau légué à la littérature mondiale.

Spontanément, je dirais :

Suite à la lecture d'Histoire d'une vie  dans lequel il est mentionné, j'ai eu envie de lire ce court roman. Je n'avais jamais lu cet auteur, pourtant prix Nobel de littérature. J'ai beaucoup aimé sa façon discrète d'aller à l'essentiel.

mercredi 26 janvier 2022

L'habit ne fait pas le moine

 

Philip Roth, Folio, 120 pages
traduit de l'anglais par Céline Zins

Présentation:

Le sergent Marx, de retour d'Europe en 1945, est affecté dans une compagnie d'instruction où il a sous ses ordres un jeune soldat juif, Sheldon Grossbart. À sa demande, Marx intervient pour que les Juifs de la Compagnie puissent se rendre à la synagogue le vendredi soir. Peu à peu, il se rend compte que le jeune soldat le manipule...Dans la banlieue de New York, un jeune garçon en première année de «high school» se lie d'amitié avec deux fils d'immigrants italiens, Albie Pelagutti et Duke Scarpa, promis à un brillant avenir de gangsters. Quinze ans plus tard, il se souvient...

Spontanément, je dirais…

J'ai lu ce livre dans le cadre du club littéraire du CCJ Simone Veil de Montpellier

Je n'ai jamais été fan de nouvelles, aussi lorsqu'il a été question de lire ces deux nouvelles de Philip Roth dans le cadre du club littéraire, je me suis demandé si elles allaient me plaire. J'avais encore en mémoire certains romans de l'auteur (Le complot contre l'Amérique, La tache, J'ai épousé un communiste, Pastorale américaine) qui m'avaient emballée. Dire que j'ai été gagnée par l'enthousiasme serait mentir, cependant, j'ai trouvé le propos de ces deux textes plutôt subtil. Lors de nos débats, nous nous sommes particulièrement attardés sur la première nouvelle dans laquelle j'ai apprécié la dextérité de l'auteur à décortiquer le mécanisme de la manipulation.