dimanche 1 mai 2022

Heimat

 

Nora Krug, Gallimard BD, 288 pages

Traduction: Emmanuelle Casse-Castric

De quoi s'agit-il?

Depuis longtemps, Nora Krug ressent que le simple fait d'être citoyenne allemande la relie à l'Holocauste, lui interdisant tout sentiment de fierté culturelle. Après douze ans passés aux États-Unis, et alors qu'un non-dit plane sur la participation de sa famille à la guerre, elle part à la recherche de la vérité… Entre bande dessinée et album photo, une enquête intime stupéfiante au cœur de l'Allemagne nazie.

En bref…

Une extraordinaire plongée dans les tourments d'une citoyenne allemande moderne dont les ancêtres ont traversé l'ère nazie. 

Lorsque la famille est éclatée, que le récit familial laisse planer des zones d'ombre, il est légitime de se poser des questions sur le comportement de ses ancêtres pendant cette période. L'enquête que mène l'auteure est faite de rencontres, de voyages et d'archives. Ses sentiments évoluent, ses doutes aussi... 

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un roman graphique aussi captivant !

lundi 25 avril 2022

Dona Gracia Nasi

 

Cecil Roth, Liana Levi, 240 pages

Traduit de l'anglais par Claude Bonnafont

De quoi s'agit-il?

Siècle des découvertes des horizons qui s’ouvrent, des épices exotiques importées d’Orient, des femmes célèbres, le XVIe siècle est aussi celui de l’intolérance et de l’Inquisition. Doña Gracia, grande dame de la Renaissance, vit cette double réalité. Issue d’une famille de marranes, elle dirige la «banque» Mendes, rivale de celle des Médicis, et doit quitter le Portugal. À Anvers elle fréquente la cour de Charles Quint. Rois et princes empruntent à la banquière et utilisent sans scrupules le chantage à l’Inquisition. Doña Gracia joue avec le feu, car ses agences servent de relais aux marranes en fuite. Jusqu’au jour où le danger devient trop pressant. Alors commence son périple: Lyon, Venise, Ferrare, et pour finir Istanbul, où Soliman le Magnifique l’accueille et la protège. De la Corne d’or, elle prononce le boycott d’Ancône, port des états pontificaux, coupables d’avoir mis les Juifs au bûcher. Pour la première fois dans l’histoire, les Juifs se dressent face à la persécution, sous la bannière d’une femme…


Mon sentiment:

Un livre d'historien dont la forme m'a laissée de marbre. 

dimanche 27 mars 2022

La petite coriace

 

Anne Loyer, éditions Anne Carrière, 208 pages

De quoi s'agit-il?

À dix ans, Marinette, délaissée par ses parents, passe ses journées seule sur la plage. Sa mère vient de quitter le domicile conjugal avec le voisin et son père se réfugie dans son boulot de flic pour évacuer son mal-être. Lorsque Barnabé, qui travaille dans un grand magasin, la déniche au fond d’un caddie, il est loin de s’imaginer à quel point elle va faire ressurgir un passé qu’il pensait profondément enfoui. Il la ramène chez Gaby, sa tante, avec laquelle il vit. La gamine bouscule immédiatement leur quotidien. Car Marinette, sans s’en rendre compte, ravive le souvenir brûlant d’Anna, la petite sœur chérie de Barnabé, disparue vingt-cinq ans plus tôt lors d’un terrible accident. Sa présence aussi légère que solaire va leur rendre l’espoir d’un avenir meilleur. Le deuil en suspens de Barnabé et Gaby peut enfin s’effectuer. Le père de Marinette, consumé par la culpabilité, prend alors une décision radicale. Un choix qui va remettre en question le futur de la petite coriace et de ses nouveaux amis.

En deux mots, à chaud:

C'est la première incursion dans l'univers de la fiction adulte d'Anne Loyer, mais ceux qui ont déjà lu ses livres jeunesse retrouveront sa patte inimitable, ce style écorché qui dénonce avec violence les travers de notre société.

Cette semaine, avec un groupe d'amis, nous étions penchés sur Sagesse 9, 1-18, et nous en sommes venus à évoquer Le cri de Munch. C'est ce même tableau qui me vient à l'esprit après la lecture de La petite coriace. En lisant ce texte, j'ai eu l'impression d'un long cri lancé à la face du monde, un cri qui alerterait sur les fragilités de l'enfance, et qui nous dirait: attention, l'enfance est un trésor, arrêtez de la brutaliser et comportez-vous en adultes responsables !


dimanche 20 mars 2022

Petites boîtes

Yôko Ogawa, Actes Sud, 208 pages

traduit du japonais par Sophie Refle

De quoi s'agit-il?

La narratrice de ce livre vit dans une ancienne école maternelle. Tout y est petit, au format de ceux qui autrefois la fréquentaient. Cette femme accorde en ces lieux fossiles une attention très particulière à l’une des pièces, un endroit de mémoire où sont déposées d’étranges petites boîtes.
Parfois cette dame marche dans la nuit en compa­gnie d’un certain M. Baryton, un homme charmant pour lequel elle déchiffre des messages. M. Baryton voit clair pourtant mais ce sont les mots de son aimée qui semblent s’amenuiser sur le papier en même temps qu’elle.
Certains soirs sur la colline, aux abords de la ville, des inconnus attendent le passage d’un souffle, d’un brin de vent. La dame de l’école maternelle sait qu’ils écoutent en pleine nature une musique inaudible pour tout autre qu’eux-mêmes, un chant issu du lointain. Une présence absente.
Ne lisez pas les livres de Yôko Ogawa sans écouter chaque phrase, sans entendre ses mots et l’écho qu’ils produisent. Si vous leur accordez une réelle attention, leur sens se dépliera littéralement sous vos yeux.


L’œuvre de Yôko Ogawa est mondialement connue. Petites boîtes est son vingt-sixième livre traduit en français.

Spontanément, je dirais:

L'auteure poursuit son travail sur la mémoire avec une histoire onirique et poétique où bien des choses demeurent sans réponses, comme dans la vie en fin de compte.
Chacun peut envisager le récit selon son propre vécu (relations parents / enfants, rapport des parents au deuil d'un enfant, empreinte de notre enfance sur notre vie d'adulte, importance des lieux de mémoire, etc.) et y puiser inspiration et apaisement. Original et sublime !

Bal tragique à Windsor

 

S.J. Benentt, Les Presses de la Cité, 280 pages

Traduit de l'anglais par Mickey Gaboriaud

De quoi s'agit-il?

Windsor, printemps 2016. La reine Elizabeth II s'apprête à célébrer ses 90 ans et attend avec impatience la visite du couple Obama. Mais au lendemain d'une soirée dansante au château, un pianiste russe est découvert pendu dans le placard de sa chambre, quasiment nu. Shocking!

Lorsque les enquêteurs commencent à soupçonner son personnel d'être impliqué dans cette sordide affaire, Sa Majesté, persuadée qu'ils font fausse route, décide de prendre les choses en main. Mais être reine a ses inconvénients, et notamment celui de ne pas passer inaperçue. C'est donc Rozie, sa secrétaire particulière adjointe, qui va l'aider à démêler ce sac de nœuds God save the Queen du cosy crime !

Quelques réflexions…

Ce livre m'a été offert à Noël. Je ne m'attendais pas à ce que l'on m'offre ce genre d'ouvrage à mille lieues de mes habitudes de lecture. J'ai trouvé le style solide, ce qui est important pour moi et m'a fait poursuivre la lecture jusqu'au mot de la fin. J'ai été un peu désorientée par la conclusion (tirée par les cheveux en nous sortant du chapeau un personnage hors des radars narratifs), mais peut-être est-ce raccord avec l'esprit des affaires du Royaume, je suis assez mal placée pour juger.

lundi 28 février 2022

Possession

 

Moka, L'école des loisirs, 192 pages

De quoi s'agit-il?

En achetant la plus belle maison du quartier, les Vendôme pensaient avoir fait une bonne affaire et s'étaient réjouis d'y emménager avec leurs trois enfants. Une nuit, le pire est arrivé. Leur fille Lucrèce s'est jetée du toit, sous les yeux de Malo son petit frère. Traumatisé, le garçon a passé deux mois en hôpital psychiatrique. Depuis son retour, Malo a l'impression que la maison lui joue des tours et s'en prend à lui. Ses affaires changent de place, les murs de sa chambre font des gargouillis, les poignées de porte disparaissent. Même ses parents deviennent bizarres et vivent de plus en plus confinés. Malo est persuadé que la maison dans laquelle sa famille vient d'emménager est malfaisante. Elle les a pris au piège. Un piège mortel...

Spontanément, je dirais…

Bien ficelé et addictif.

dimanche 20 février 2022

Le silence est d'or

 

Yonatan Sagiv, 432 pages, L'antilope

Traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche

De quoi s'agit-il?

Dans ce deuxième volet des aventures policières d’Oded Hefer, le détective privé assume toujours sa vie de gay tel-avivien avec intelligence, humour et autodérision. Il fait pénétrer le lecteur dans un établissement pour personnes âgées avec tout ce que cela comporte de charge émotionnelle, dans un pays constitué de tant de gens venus d’ailleurs.

Spontanément, je dirais:

Hormis les enquêtes orchestrées par Dror Mishani, je ne lis quasiment pas de littérature policière.

La découverte de Secret de Polichinelle, le premier opus des aventures d'Oded Hefer, m'avait quelque peu déstabilisée, principalement à cause du style: abondance d'adjectifs, de superlatifs, de comparatifs - et bien d'autres réjouissances en if. Passé le moment de stupeur stylistique, je résumerais le livre ainsi: jouissif !

Aussi ai-je été heureuse de replonger dans ce marathon de mots, avec ses personnages interlopes et ses situations improbables, à la suite d'Oded Hefer, détective haut en couleur, et pour dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, j'ai encore plus apprécié ce deuxième volet. La forme, j'y reviens, est brillante - le traducteur ne l'est pas moins ! - et le fond, une sacrée claque. Mais chut !... Le silence est d'or et je ne peux que vous encourager à découvrir ce qui se trame par vous-mêmes.