dimanche 16 mai 2021

Idiss

 

Richard Malka, Fred Bernard, 128 pages, Rue de Sèvres
D'après un livre de Robert Badinter


Présentation:

« J'ai écrit ce livre en hommage à ma grand-mère maternelle, Idiss. Il ne prétend être ni une biographie, ni une étude de la condition des immigrés juifs de l'Empire russe venus à Paris avant 1914. Il est simplement le récit d'une destinée singulière à laquelle j'ai souvent rêvé. Puisse-t-il être aussi, au-delà du temps écoulé, un témoignage d'amour de son petit-fils. » Robert Badinter. Richard Malka et Fred Bernard s'emparent de ce récit poignant et intime pour en livrer une interprétation lumineuse tout en pudeur et à l'émotion intacte.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané: 

Voilà une très belle histoire d'amour qui peu à peu se transforme en saga familiale touchante sous la houlette d'un duo très inspiré: Richard Malka pour le scénario et Fred Bernard pour les illustrations. Celles-ci sont splendides, riches, foisonnantes, tellement vivantes que j'ai été émue rien qu'en les admirant. Dès le départ, on est pris par les scènes dans le shtetl qui sont incandescentes: toute la vie de la communauté est là, régie par un quotidien rude où surgissent de petits bonheurs, un quotidien qu'on sent près de basculer… Une BD magnifique!

lundi 10 mai 2021

Dibbouks

 

Irène Kaufer, L'antilope 224 pages

Présentation:

Dans la croyance populaire juive, le dibbouk est l’âme d’un mort qui vient s’incarner dans le corps d’un vivant. Ici, la narratrice est obsédée par une quête familiale. Son père, rescapé de la Shoah, a laissé un témoignage dans lequel il raconte comment, lors de sa déportation, il a été séparé de sa fille.
Qu’est-elle devenue ? Elle a disparu à jamais.
Mais la narratrice, elle, se laisse peu à peu envahir par le dibbouk de cette sœur. Elle n’a de cesse, dès lors, de se lancer à la recherche de Mariette.
Un roman plein d’humour sur un sujet sensible.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané:

Voilà un livre fascinant. D'abord, l'écriture m'a littéralement happée - j'irais même jusqu'à dire qu'elle m'a ensorcelée, histoire de rester dans le thème. Elle est vive et souvent joyeuse malgré le sujet délicat, et surtout, elle est incroyablement maîtrisée pour un premier roman.

Et puis il y a la quête, celle d'un passé lourd et triste qui traverse les générations, leur survit. C'est un livre magique et lumineux où la frontière entre le réel et la fiction s'abolit. On ne sait plus très bien ce qui est vrai, mais on est dedans, on veut savoir, on est pris. Chaque pas de la quête, on le fait avec la narratrice et ce que l'on découvre dépasse nos espérances les plus folles.

J'ai relu plusieurs fois certains chapitres pour comprendre où Irène Kaufer m'avait égarée, mais la construction est tellement brillante que tout se fait naturellement. 

Mes amis, bonne ou mauvaise nouvelle: le royaume des morts est à portée de main, il vit en nous, malgré nous, et ce livre en est une preuve éclatante.

vendredi 7 mai 2021

Hier

 

Agota Kristof, Points, 160 pages

Présentation:

Aujourd'hui recommence la course imbécile. Se lever à cinq heures, prendre le bus, pointer... Pour que demain soit différent, il faudrait qu'apparaisse enfin Line, la femme idéale dont rêve Sandor Lester depuis qu'il a quitté son pays natal. Alors, il y aurait un avenir possible dans lequel Sandor deviendrait écrivain sous le nom de Tobias Horvath. Mais ce jour-là, ce n'est pas l'avenir qui monte dans le bus. C'est Line, la vraie Line, surgie du passé...


Avec la simplicité et la précision qu'on lui connaît, Agota Kristof raconte "l'histoire d'un grand amour impossible" et se livre à une réflexion aiguë sur le passage du temps et les injustices du monde contemporain.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané:

Cette écriture faussement naïve est si singulière qu'elle vaut le détour à elle seule. Mais le propos… le propos! Dire aussi sobrement tout le drame de l'Amour - l'amour maternel, l'amour d'enfance, l'amour rétribué, l'amour interdit, l'amour conjugal, etc. - , c'est pire que le crier avec un mégaphone.

vendredi 30 avril 2021

L'anomalie

 

Hervé Le Tellier, Gallimard, La blanche, 336 pages


Présentation:

«Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»
En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai.
Roman virtuose où la logique rencontre le magique, L’anomalie explore cette part de nous-mêmes qui nous échappe.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané:

Eh bien, cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un Goncourt avec une intrigue qui décoiffe autant -d'ailleurs cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un Goncourt tout court, je crois. Excellente surprise, donc, tant du point de vue de l'écriture que du propos.

mercredi 21 avril 2021

La fatigue du matériau

 

Marek Sindelka, éditions des Syrtes, 230 pages

Traduit du tchèque par Christine Laferrière

Présentation:

Deux jeunes frères fuient clandestinement leur pays, après la disparition de leurs parents dans un bombardement. Ils arrivent séparément en Europe où ils ont prévu de se retrouver. Ce sont alors deux périples qu'entreprend le lecteur dans ce récit court, intense et haletant, au gré des épreuves que traversent les deux frères, dans l'espoir de se voir accorder un nouveau droit a? l'existence. Il faut fuir et se cacher, trouver a? manger, tenter de se repérer, avancer. Le monde se révèle à travers le prisme de l'angoisse, nous faisant vivre une véritable expérience physique et humaine.

La Fatigue du matériau est le roman de la migration, une géographie de la peur qui nous exhorte a? nous mettre dans la peau d'un migrant. Le lecteur s'approprie le désespoir, le froid et la faim. Mus par la force du lien fraternel et par la volonté de ne jamais se laisser humilier, Amir et son frère doivent tenir malgré la « fatigue du matériau », c'est-à-dire l'usure extrême du corps. Un puissant remède contre la deshumanisation.
Ne? en 1984, Marek Sindelka est l'un des auteurs tchèques les plus remarqués de sa génération. Il s'est distingue dès 2005 par sa poésie. La Fatigue du matériau a reçu le prix Magnesia Litera en République tchèque (2017). Il a été traduit dans de nombreuses langues.

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️

Commentaire spontané: 

J'ai été malmenée par l'âpreté de cette longue errance, par ses chutes et ses impasses. La narration en rend très bien compte. Elle arrive à nous perdre comme sont perdus les deux héros. Une expérience de lecture qui m'a secouée.

A noter: Le chapitre 17 à ne rater sous aucun prétexte tant il est époustouflant. L'auteur y décrit le travailleur désincarné, réduit en esclavage par la machine, d'une manière implacable et glaçante.

mardi 13 avril 2021

L'ami arménien

 

Andréï Makine, Grasset, 216 pages

Présentation:

A travers l’histoire d’une amitié adolescente, Makine révèle dans ce véritable bijou de littérature classique un épisode inoubliable de sa jeunesse.
Le narrateur, treize ans, vit dans un orphelinat de Sibérie à l’époque de l’empire soviétique finissant. Dans la cour de l’école, il prend la défense de Vardan, un adolescent que sa  pureté, sa maturité et sa fragilité désignent aux brutes comme  bouc-émissaire idéal. Il raccompagne chez lui son ami, dans le quartier dit du « Bout du diable » peuplé d’anciens prisonniers, d’aventuriers fourbus, de déracinés égarés «qui n’ont pour biographie que la géographie de leurs errances. »
Il est accueilli là par une petite communauté de familles arméniennes venues soulager le sort de leurs proches transférés et emprisonnés en ce lieu, à 5 000 kilomètres de leur Caucase natal, en attente de jugement pour « subversion séparatiste et complot anti-soviétique » parce qu’ils avaient créé  une organisation clandestine se battant pour l’indépendance de l’Arménie.
De magnifiques figures se détachent de ce petit « royaume d’Arménie » miniature : la mère de Vardan, Chamiram ; la sœur de Vardan, Gulizar, belle comme une princesse du Caucase qui enflamme tous les cœurs mais ne vit que dans la dévotion à son mari emprisonné ; Sarven, le vieux sage de la communauté…
Un adolescent ramassant sur une voie de chemin de fer une vieille prostituée avinée qu’il protège avec délicatesse, une brute déportée couvant au camp un oiseau blessé qui finira par s’envoler au-dessus des barbelés : autant d’hommages à ces « copeaux humains, vies sacrifiées sous la hache des faiseurs de l’Histoire. »
Le narrateur, garde du corps de Vardan, devient le sentinelle de sa vie menacée, car l’adolescent souffre de la « maladie arménienne » qui menace de l’emporter, et voilà que de proche en proche, le narrateur se trouve à son tour menacé et incarcéré, quand le creusement d’un tunnel pour une chasse au trésor, qu’il prenait pour un jeu d’enfants, est soupçonné par le régime d’être une participation active à une tentative d’évasion…
Ce magnifique roman convoque une double nostalgie : celle de cette petite communauté arménienne pour son pays natal, et celle de l’auteur pour son ami disparu lorsqu’il revient en épilogue du livre, des décennies plus tard, exhumer les vestiges du passé dans cette grande ville sibérienne aux quartiers miséreux qui abritaient, derrière leurs remparts, l’antichambre des camps.


Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané:

Quel immense écrivain!

Comme c'est beau! Comme c'est profond! Voilà un texte bouleversant tant par ce que ça raconte que par la façon dont ça nous est raconté.

lundi 12 avril 2021

Le Golem

 

Isaac Bashevis Singer, L'école des loisirs, Medium poche, 88 pages

Présentation:

Au seizième siècle, le rabbin Leib veille sur la communauté juive de Prague. Celle-ci est alors souvent persécutée et accusée de tous les maux. Ainsi, lorsque le banquier Eliezer Polner est accusé à tort par Jan Bratislawski, un comte désargenté, d' avoir enlevé et assassiné sa fille parce que celui-ci a refusé de lui prêter de l'argent, le rabbin Leib veut lui venir en aide. Il reçoit la visite d'un mystérieux inconnu qui lui donne le pouvoir de fabriquer un géant d' argile doué de vie : le golem. Ce golem, à la force fantastique, doit lui obéir en tout point, afin de prouver l' innocence d Eliezer. Mais, bientôt, la créature échappe à son concepteur. Le golem devient de plus en plus humain, et il va falloir trouver un moyen de mettre fin à ses agissements incontrôlés

Combien ce livre a fait battre mon cœur: ❤️❤️❤️❤️❤️

Commentaire spontané: Relecture

Je ne me lasse pas de le relire…